14 % : c’est la part des exploitations françaises qui pratiquaient en 2022 une forme d’association culturale, selon l’INRAE. Alors que certaines réglementations continuent d’imposer l’exclusivité d’une culture par parcelle, d’autres territoires ouvrent la porte à la combinaison de productions végétales et animales. Le débat est vif : les instances de normalisation s’interrogent, tandis que les filières agroalimentaires y voient un moyen de gagner en robustesse et en flexibilité.
Comprendre l’utilisation mixte du sol : une évolution majeure pour l’agriculture
Au fil des ans, l’utilisation mixte du sol s’invite au cœur des stratégies agricoles françaises. Face à une biodiversité menacée et à la pression qui s’accentue sur chaque hectare, cette approche propose une alternative claire à l’artificialisation des sols. Elle consiste à réunir sur une même parcelle cultures, élevage, et parfois même agroforesterie. L’objectif : limiter l’étalement, renforcer les liens naturels et rendre chaque mètre carré plus vivant.
Les producteurs n’ont pas attendu les grandes directives pour s’adapter. En 2022, l’INRAE révèle que plus d’une exploitation sur huit a déjà emprunté cette voie. Alors que l’espace disponible se réduit et que la préservation du sol agricole devient un impératif, chaque pratique évolue. Le changement climatique pousse à imaginer des solutions ancrées sur le terrain, susceptibles d’offrir plus de résilience, sans rogner sur les résultats.
Au même moment, l’urbanisation grignote chaque année un peu plus de terres cultivables. Miser sur l’association des productions végétales et animales, c’est choisir la coopération et la robustesse des cycles naturels. On freine l’artificialisation, on soigne la biodiversité locale et on crée, de fait, un cercle vertueux de ressources partagées et de solidarité entre exploitants. Les avantages ne se limitent pas à la production : on préserve les sols, on allège la pression sur les milieux et, souvent, on noue de nouvelles formes de collaboration entre acteurs ruraux.
Adopter cette dynamique, c’est également répondre à une demande de pratiques moins émettrices et s’adapter aux réalités du climat. Les territoires pionniers voient émerger des modèles coopératifs plus adaptés à leurs besoins, poussés par des attentes sociétales en faveur de solutions durables. L’urgence climatique et la volonté de garantir la souveraineté alimentaire accélèrent la transition.
Quels sont les principes et formes de l’utilisation mixte dans les exploitations agricoles ?
L’utilisation mixte du sol, en pratique, se traduit par une diversité de méthodes. Son fil conducteur : construire et entretenir une fertilité des sols durable, considérer chaque champ comme un système vivant. Partout, les rotations de cultures s’imposent ; on alterne céréales, légumineuses, oléagineux pour stimuler la biodiversité du sol et tenir à distance les parasites.
Nombre d’exploitants choisissent aussi les Techniques Culturales Simplifiées : moins de travail du sol, maintien d’une couverture végétale quasi toute l’année. Issues de l’agriculture de conservation, ces pratiques fortifient la structure du sol, empêchent l’érosion et permettent de diminuer significativement la dépendance aux engrais de synthèse. Les organisations internationales rappellent que la vitalité des sols constitue désormais un véritable bouclier face aux aléas du climat.
D’autres orientations émergent : par exemple, aménager des Zones Tampon Humides Artificielles favorise un drainage agricole efficace, absorbe l’excès d’eau et piège les intrants restants. L’agriculture biologique s’en inspire en multipliant les interactions positives : élevage extensif, haies, bandes enherbées, diversité des espèces cultivées. Plusieurs exemples illustrent la variété des organisations possibles :
- Rotation réfléchie des cultures au fil des années
- Combinaison de cultures végétales et de troupeaux
- Installation de bandes tampons et zones humides vouées à l’épuration
- Utilisation permanente de couverts végétaux
L’ensemble de ces choix vise à renforcer la fertilité naturelle et offrir aux producteurs une marge de manœuvre face aux incertitudes. Les démarches ne sont pas figées : chaque exploitation s’approprie ces outils selon son contexte, sa météo, son cahier des charges. L’intelligence collective accélère cette évolution sur le terrain.
Entre opportunités et défis : ce que l’utilisation mixte du sol change pour les agriculteurs
L’utilisation mixte du sol est perçue comme la promesse d’une diversification accrue, d’une réduction de l’usage des intrants et d’une plus grande résilience dans la durée, notamment face au changement climatique. Mais l’efficacité dépend de choix techniques avisés, d’une gestion quotidienne précise et d’un engagement constant des équipes.
Certains voient là le moyen d’améliorer le rendement agricole sans compromettre les réserves d’eau ni écornifler la fertilité. Intégrer des légumineuses devient une clé pour limiter les besoins en engrais azotés et encourager la séquestration du carbone. Les politiques publiques, à l’image du plan Écophyto ou de la Directive européenne cadre sur l’eau, encouragent à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, à contenir la pollution diffuse et, in fine, à préserver l’eau potable.
Se tourner vers l’agroécologie oblige cependant à revoir en profondeur l’organisation du travail, adopter de nouveaux outils et renforcer les compétences. Les itinéraires techniques se réinventent, tout comme les équilibres financiers. Voici quelques impacts concrets auxquels beaucoup d’exploitants font face :
- Moindres dépenses en produits et intrants chimiques
- Biodiversité fonctionnelle valorisée sur l’exploitation
- Adaptation nécessaire des plannings de culture et de récolte
Composer avec la météo, accepter des rendements qui varient, s’adapter aux contraintes des filières, tout cela impose une grande réactivité. L’intégration d’innovations et le soutien des politiques publiques pèsent lourd dans la réussite de ces transitions, qui redessinent le quotidien de la transition agroécologique.
Perspectives d’avenir : comment l’utilisation mixte du sol façonne l’agriculture moderne
En France, la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée bouscule toute la gestion des terres. On ne peut plus ignorer l’impact écologique des matières premières agricoles, chaque décision compte désormais dans le bilan global. Le suivi par CORINE Land Cover ou les enquêtes Teruti-Lucas poussent les acteurs à piloter leurs terres avec rigueur. Pour beaucoup, l’utilisation mixte du sol est en train de s’imposer comme une option crédible et ambitieuse.
Les producteurs cherchent à soutenir la productivité sans sacrifier la beauté et la diversité des paysages, tout en ralentissant l’artificialisation. Le label Au cœur des Sols incarne ce mouvement, donnant un cadre à la reconnaissance des efforts engagés et soulignant la logique nouvelle qui s’installe : plus de biodiversité, plus de valeur, plus de fertilité pour l’ensemble du secteur.
Des leviers d’action concrets
Dans cette transformation, plusieurs leviers ont déjà fait la preuve de leur efficacité :
- Introduction d’espèces intermédiaires pour renforcer les rotations
- Limitation active de l’érosion grâce au maintien d’un sol toujours couvert
- Diminution de l’impact carbone associé à l’exploitation agricole
Le déploiement de ces approches repose sur une alliance étroite entre accompagnement technique, évolutions agronomiques et innovation. Les agriculteurs progressent, jonglant avec les attentes collectives et les contraintes réglementaires. Loin d’être un simple paramétrage, l’utilisation mixte du sol se présente comme le socle d’une agriculture française vigilante, inventive et prête à défendre ses terres pour longtemps.


